Cobra the Space Pirate : le manga culte de Buichi Terasawa
Fiche Technique
Titre original : Cobra (コブラ)
Auteur : Buichi Terasawa
Éditeur japonais : Shueisha (Weekly Shonen Jump)
Éditeur français : Black Box, Dybex
Année : 1978-1984 (série originale)
Nombre de volumes : 18 tomes (série originale)
Genre : Science-fiction, Space opera, Aventure
Public : Adolescents et adultes (seinen)
Adaptations : Animé culte (1982), films, séries TV
Le pirate de l’espace au bras laser
Cobra, c’est le manga que je prends toujours en exemple quand quelqu’un me dit que le seinen SF japonais manque de second degré. Buichi Terasawa balance la série dans le Weekly Shonen Jump en 1978, et ça sent immédiatement les influences américaines : pulps SF des années 50, Han Solo, James Bond, Clint Eastwood dans un western spaghetti. Son héros trimballe un Psychogun dans son bras gauche artificiel, un cigare dans la bouche et une philosophie de vie qui tient en deux lignes : profiter de l’instant, emmerder les autorités, séduire qui se présente.
Le personnage incarne l'archétype du héros pulp revisité à la sauce japonaise : cynique mais bon fond, séducteur invétéré, amateur de cigares et de whisky, Cobra est un mélange de James Bond, Han Solo et des héros de western spaghetti. Sa philosophie de vie ? Profiter de chaque instant, séduire les plus belles femmes de la galaxie, et emmerder les autorités.
Un style hybride, entre manga et pulp SF américain
Le style de Buichi Terasawa mêle l'influence des comics américains (notamment les pulps SF des années 50-60) à l'esthétique manga. Ses planches fourmillent de détails : vaisseaux spatiaux complexes, architectures alien délirantes, technologies futuristes. Ses femmes sont sculpturales (certains diraient outrageusement proportionnées), et ses scènes d'action spectaculaires.
Terasawa a un sens du design unique. Cobra lui-même, avec sa coiffure afro, sa combinaison moulante et son cigare perpétuel, est immédiatement reconnaissable. Les vaisseaux spatiaux, les armes, les créatures alien : tout possède ce mélange de rétro-futurisme et de pulp science-fiction qui fait le charme de la série.
La mise en page adopte un rythme dynamique, alternant grandes cases spectaculaires pour les vaisseaux et l'action, et petites vignettes pour les dialogues et les moments d'humour. Terasawa n'hésite pas à casser les grilles traditionnelles pour des splash pages épiques qui marquent les temps forts.
Des arcs variés, du Rugball aux forteresses spatiales
La série se compose de plusieurs arcs dont le célèbre arc du Rugball, sport violent de l'espace où Cobra infiltre une équipe pour une mission d'infiltration. Cet arc, parmi les plus connus, mêle action brutale (le Rugball est un sport meurtrier), intrigue d'espionnage et romance. Il a été adapté en film d'animation mémorable.
Chaque arc apporte son lot de planètes exotiques, de femmes fatales et de complots galactiques. Terasawa renouvelle constamment les décors et les ambiances : planètes-casinos, mondes pirates, forteresses spatiales, dimensions parallèles. On ne s'ennuie jamais.
La structure narrative est episodique, héritée du format feuilleton du Weekly Shonen Jump. Chaque arc est relativement autonome, permettant de plonger dans la série à différents points d'entrée. Mais des fils narratifs traversent l'ensemble, notamment la rivalité avec la Guilde des Pirates, organisation criminelle galactique.
Le ton oscille entre humour potache (Cobra multiplie les blagues graveleuses et les situations cocasses), action pure (fusillades spatiales, courses-poursuites, combats), et moments plus sérieux (sacrifices héroïques, trahisons). Cet équilibre fait le charme de la série : on ne verse jamais dans le trop sérieux ni dans le too much comique.
Ce qui marche
- Terasawa maîtrise le design industriel mieux que la plupart de ses contemporains japonais : vaisseaux, armes, costumes, tout est iconique
- L’arc Rugball reste un sommet du space opera manga, adapté en film d’animation pour de bonnes raisons
- L’édition Black Box permet enfin de lire la série dans de bonnes conditions en VF, après des années de versions amputées
- L’équilibre humour/action/romance évite au manga de tomber dans le sérieux mal placé
Ce qui coince
- Le traitement des personnages féminins a mal vieilli : hypersexualisation systématique, rôles fonctionnels
- Le schéma narratif (Cobra arrive, séduit, combat, repart) se répète d’un arc à l’autre
- Les blagues graveleuses fatiguent rapidement sur 18 tomes
- Certains arcs traînent, surtout les plus tardifs de la série originale
Verdict
Imparfait, daté dans sa représentation des femmes, mais indispensable si tu t’intéresses à la filiation pulp SF dans le manga des années 80. Je le range dans mon étagère seinen patrimoine, aux côtés de Cutie Honey et Devilman, parce que c’est exactement le genre d’œuvre qu’on ne réédite pas assez en France. L’arc Rugball d’abord, le reste ensuite.